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L'exposition universelle de 1970

La Tour du Soleil, symbole de l'exposition, en 1970
La ville de Suita, dans la banlieue nord d'Osaka, vient de remplacer en quelques années une immense forêt de bamboo. Nous sommes en 1970 et l'exposition universelle, ou Osaka Banpaku pour les japonais, ouvre ses portes. C'est un événement majeur pour le Japon qui s'affirme en grande puissance économique et, pour la deuxième fois, en grand organisateur après les Jeux de Tokyo de 1964. Le succès est au rendez-vous avec quelques 66 millions de visiteurs et un thème "Progrès et harmonie pour l'humanité" pour le moins ambitieux dont le but est d'adopter une approche critique sur les avancées scientifiques qui peuvent être bien plus destructrices que bénéfiques.

Que reste-t-il aujourd'hui d'un tel événement?
La Tour du Soleil a été conservée
Un grand parc, rare espace vert d'Osaka qui est sans conteste la plus bétonnée des grandes villes japonaises, un musée et un parc d'attractions. Voici pour la partie la plus visible. Le site est une destination intéressante non pour découvrir le Japon car il n'y a rien de proprement japonais là-bas, mais pour une sortie détente. Les nombreux manèges du parc valent le déplacement, surtout que le lieu n'est pas si fréquenté, et promettent des sensations fortes aux plus téméraires qui n'ont peur ni du vide ni des looping.

A mes yeux, il reste surtout l'échec amer d'une idée mort-née. Suita n'est qu'une succession sans panache de bâtiments symboles du délire urbain des années soixante-dix : de gros blocs de béton géométriques et sans âme.
Un tel échec local ne présage rien de bon et, avec un peu recul, on voit facilement que le centre du Japon, de Tokyo à Osaka n'est qu'un champ de ruines environnemental long de 500 kilomètres. L'homme a raboté les montagnes, gagné sur la mer avec des îles artificielles, couvert de béton des milliers de kilomètres carrés. Pas un brin d'herbe ne dépasse d'un des milieux terrestres les plus hostiles à la vie. La mer n'offre plus, depuis bien longtemps, les poissons nécessaires à force de pêche intensive qui a ravagé le milieu marin et de démographie galopante.
Le parc d'attraction pour les courageux
Des millions d'habitants sont empilés dans des tours assises sur la zone sismique la plus dangereuse du globe. Etonnant pour un pays à la fois initiateur du protocole de Kyoto et terre des supermarchés qui vendent de la baleine en violation totale de tous les traités de protection des espèces en voie d'extinction.
Les japonais comme leur gouvernement n'ont aucune volonté écologique. Les objectifs modestes du protocole de Kyoto ne seront pas, sauf miracle de dernière minute, tenus dans ce pays où tout le monde roule en 4x4 de deux tonnes ou plus.
Les autres nations, à l'instar du Japon, n'ont cure d'une planète surpeuplée et à l'agonie. Le progrès scientifique sert l'illusion de la folle et impossible course à la croissance exponentielle dans un monde fini. La planète ne pourra bientôt pas nous donner plus en nourriture, hydrocarbures, eau potable et capacité d'absorption de nos polluants. Le point de rupture est proche et peu d'observateurs érudis croient en un sursis de vingt ans avant une crise majeure.

En cela, cette exposition universelle ressemble à un faux-pas de jeunesse d'une humanité high-tech qui, en grandissant, a décidé d'occulter ces questions dérangeantes. Jusqu'au jour où...